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Mistinguette a l'air adorable. Vraiment. Avec ses boucles blondes, ses joues rondes, ses grands yeux et son joli sourire, elle semble être une petite fille tranquille, obéissante, toute mignonne. Et la plupart de temps c'est vrai.
Sauf que Mistinguette a un double. Le genre que vous ne souhaitez pas avoir pour voisin. En fait, Mistinguette fait des colères. Ah mais pas n'importe quelle colère ! Pas les petites bouderies, les petits caprices, non m'sieur, non m'dame, Mistinguette nous fait des Colères avec un grand C, de vraies crises d'hystérie, comme si notre petit ange se transformait tout à coup en un monstre déchaîné, prêt à tout détruire sur son passage - en particulier les nerfs de ses parents. Et le pire, c'est que ceux n'ayant jamais assisté à ce genre de scène n'arrivent pas à nous croire, tellement elle peut être un amour ! C'est Dr Jekyll et Mr Hyde. Double-face.

C'est vrai qu'elle a toujours eu son petit caractère. Bébé, elle nous montrait déjà que la contrariété, ce n'était pas vraiment sa tasse de thé. Mais depuis qu'elle a 2 ans, elle est parfois capable de nous faire carrément regretter notre vie de célibataire ! C'est l'âge, me direz-vous, la fameuse crise des 2 ans, la période du non, de l'affirmation de soi. Ok, je veux bien l'entendre. Sauf que Mistinguette a bientôt 3 ans et demi. Et qu'elle est loin d'être bête en plus. Du coup, l'impossibilité de la raisonner, de la calmer, nous rend juste dingues ! Elle est capable de faire une colère parce qu'elle ne veut pas sortir et une heure après parce qu'elle ne veut pas rentrer à la maison. J'vous jure, c'est épuisant !
Sans compter les fois où nous avons droit à une colère en public. Il y a toujours un passant pour s'en mêler : "Ouh, la vilaine colère !", "Tu as vu comme elle est capricieuse la petite fille ?", "Et ben alors petite ? Pourquoi tu pleures comme ça ? Qu'est-ce qu'ils t'ont fait tes parents ?". Sans parler de ceux qui ne disent rien mais dont le regard en dit long. Dans ces cas-là j'ai juste envie de disparaître dans un trou de souris. Ou de les baffer, ça dépend de mon humeur.

On a tenté tout ce qui est imaginable, je pense : la douceur, la fermeté, le dialogue, les cris, le coin, les punitions, le chantage, et même la fessée, nous qui nous étions jurés d'éduquer nos enfants sans violence. Ah, les fameux principes des parents avant d'avoir des enfants... C'est comme la télé, jamais avant 3 ans, jamais plus de 15 minutes qu'on disait. Oui bah quand il pleut ou qu'on doit se préparer le matin sans avoir un enfant dans les pattes, on est bien contents de la coller devant un Tchoupi ou un Disney !
On a essayé de la pousser dans ses retranchements en suivant ses raisonnements. C'est la technique du lâcher prise il parait. "Tu ne veux pas mettre tes chaussures ? Ok, ça m'est égal, pars en chaussettes." Sauf qu'elle s'en fiche. Elle a marché en chaussettes, sous la flotte, sans broncher, la tête haute et nous soutenant que tout allait bien dans le meilleur des mondes. Ggggrrrrrr...
On a essayé l'indifférence. "Fais ta colère, ça ne m'intéresse pas, tu viendras me voir quand tu auras fini, moi je lis mon livre tranquille." Mais elle est plutôt coriace Mistinguette. Elle tient la distance. Elle est capable d'hurler pendant trèèèèèès longtemps. Et allez savoir pourquoi, j'ai un mal fou à bouquiner avec un gamin qui s'époumone à côté.
On l'a punie de télé - rien à faire. De sortie - s'en fout, elle adore rester à la maison.
On a essayé de la responsabiliser "- Choisis tes chaussures comme une grande. - J'veux pas être grande."

J'ai même acheté un bouquin au titre évocateur "J'ai tout essayé" d'Isabelle Filliozat, ou comment traverser la crise de 1 à 5 ans (5 ans ??? J'en ai encore pour 2 ans ???). J'y ai trouvé quelques pistes, comme le fait qu'elle ne fait pas ça juste pour nous faire ch****, que chaque colère n'est que la conséquence d'une situation (frustration, peur, déception...) qu'elle n'arrive pas à gérer, du haut de ses 3 ans. Soit. Que c'est nous, adultes, qui n'intervenont pas avant que la colère monte (notre faute en somme, encore un livre culpabilisant !). Soit. J'y ai aussi lu que la meilleure façon de calmer la colère est d'essayer de comprendre d'où elle vient, d'en discuter, et surtout d'entourer son enfant de tout son amour. Soit. Je suis prête à entourer Mistinguette de tout mon amour, de dialoguer, d'essayer de comprendre, de faire preuve d'empathie mais franchement, ça nous demande, à nous parents, un degré de zénitude dont nous ne sommes pas toujours capables. Tout simplement parce que nous sommes humains. Disons que le matin, alors que je suis à la bourre pour la déposer à l'école et partir bosser, entamer un long dialogue parce qu'elle ne veut pas mettre ses chaussures à coup de "je comprends que tu sois en colère mais il faut que tu mettes tes chaussures pour sortir", ben c'est juste pas possible. J'avoue, il m'est arrivé de la traîner hors de la maison, de la coller de force dans le siège auto, de lui enfoncer ses p**** de chaussures et de la larguer à la maîtresse avec soulagement, en me disant qu'en fait, c'est vraiment chouette d'aller bosser !!
Par exemple, dans le livre, il y a une illustration montrant une petite fille en train de découper son t-shirt. La réaction à avoir selon les auteurs ? Faire le constat calmement que "ta main s'exerce à découper, c'est très bien. Par contre ta main découpe ton t-shirt. Tu devrais surveiller ta main pour qu'elle ne fasse pas de bêtise." Sérieusement ??? Rassurez-moi s'il vous plaît, vous arriveriez vraiment à garder votre calme dans ce genre de situation ? Vous seriez capables de dire à votre enfant "tu as découpé ton t-shirt mais ce n'est pas grave, ça prouve que tu veux t'entrainer à découper" ?? Non, parce qu'honnêtement, je veux bien admettre que je dois être plus zen, peut-être plus détachée face aux colères de ma fille, je suis prête à prendre du recul, à essayer de me remettre en question. Mais parfois je me demande si c'est vraiment moi qui ai tort de vouloir que ma fille m'obéisse sans avoir besoin d'argumenter 3 heures avec thèse / anti-thèse / synthèse. Est-ce que c'est vraiment de la folie de vouloir qu'elle comprenne que nous sommes les adultes et que c'est nous qui dictons les règles ?Est-ce moi qui fais preuve de psycho-rigidité parce que je me refuse à laisser une gosse de 3 ans décider de tout ce qu'elle veut faire ? Est-ce que ce n'est pas sain que mon enfant connaisse la frustration ?

Et puis une question me taraude. Tous ces gens qui nous donnent des conseils de zénitude, ils ont eu des enfants ??